J’ai commencé ce texte quelques jours avant les bombardements en Iran enclenchés par Israël et les Etats-Unis. Et tout ce qui continue de suivre. Lorsque les Etats du Golfe ont été touchés par la riposte iranienne, j’étais en contact avec mon pote de Slovénie. Il devait justement rentrer en Europe par Doha le jour-même. Je me suis dit: c’est fou, comme tout est lié. C’est l’effet domino. Les événements s’enchaînent. Jusqu’à entraîner des conséquences insoupçonnées. Sur chaque trajectoire individuelle. Comme le retour de mon ami à Kuta Lombok, en Indonésie. Et toutes les coïncidences ou rendez-vous du destin liés à cette décision.
Je me suis demandé si c’était approprié de parler d’autre chose, quand des événements aussi déterminants et graves avaient lieu au même moment. Et puis j’ai réalisé. On est, nous aussi (au sens figuré), bombardés de toutes parts.
Alors voici une petite trêve, l’histoire de quelques minutes. Que j’espère que vous apprécierez. C’est une part de moi que je me suis autorisée à livrer.
Je suis cette fois-ci dans le countryside, au milieu des terres du Queensland. Là où il n’est pas encore tropical, mais très vert et valloné. Je flâne dans le village de Springsure que je découvre pour la première fois. Alors que je lève les yeux, mon regard se pose sur ce kookabura. Ça faisait un moment que j’en avais plus vu, après mes derniers mois là où ils ne sont pas.
Les kookaburas sont des oiseaux endémiques et emblématiques d’Australie. En français, on les appelle aussi les Martin-Châsseurs géants. Ou les oiseaux qui rient. Leur chant ressemble à des cris de singes. Mais pas n’importe quels singes. Des singes hilares. C’est fou. Extasiant. Quand ils se lancent, oui, on dirait vraiment qu’ils se tapent des barres. L’un commence. Les autres suivent. Finalement, ils s’accordent. Tous en chœur.
L’oiseau se dresse face à moi. Sur la rampe métallique d’un goal de foot. Déposé à l’extrémité d’un terrain vague. Il m’observe d’un œil. Son aura interrompt le temps. Le reste n’a qu’à rester en suspens. Je le perçois tant bien que mal, malgré ma myopie. Sa tête touffue. Son plumage dense. Ses couleurs miroitant un sourire satisfait.
Il m’a remarquée. Fait preuve de patience. Quand je me meus, ne semble pas rassuré de ma présence. Pour mieux le voir, je sors mon téléphone. Alors, par précaution, il s’envole. J’espère, rejoint les siens. C’est presque le crépuscule. La lumière est dorée. Il est bientôt l’heure pour eux. De s’esclaffer.
J’inspire l’air chaud de cette fin d’après-midi ensoleillée. Autour de moi, se dressent les montagnes luxuriantes et rocheuses. Je me demande tout ce qu’elles ont bien pu voir jusqu’à lors. Tout ce qu’elles verront ensuite, après notre mort.
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