J’ai rédigé ce texte pendant des semaines. Chaque jour, j’ajoutais des mots. J’en supprimais d’autres. Je m’étonnais. De la sobriété de mes émotions. De mon calme plat. J’étais devenue presqu’imperméable. Ça ne me ressemblait pas.
Un jour, j’ai essayé de lire mon texte à voix haute. Je voulais voir s’il sonnait bien. En fait, c’était à lui que je m’adressais. Après la première ligne, les larmes me brouillèrent la vue. Je fermai les paupières. Les laissai se déverser. Un flot continu suivait les sillons de mon visage avant de disparaitre dans le creux de mon cou. Derrière le voile, je nous revoyais. Je n’ai pas pu terminer.
Ce qui devait être un portrait était devenu une lettre. Pour ne pas qu’elle reste morte, j’ai eu envie de la publier. Peut-être aura-t-elle le pouvoir d’évoquer.
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