elle se réveille. tend l’oreille avant même d’ouvrir les yeux. le chant des oiseaux. le bruissement des feuilles. le souffle de l’airco. un silence qui fait du bruit. quelque part, dans la maison, un battant de fenêtre tape contre le châssis. la lumière du jour pénètre, presque violemment, l’unique fente que le store n’a pas recouvert. elle est puissante. éclaire les particules de poussière dans l’air.
elle attrape son téléphone. désactive le mode avion. redépose l’appareil, écran contre matelas. le temps de se réveiller en douceur. elle referme les yeux. pourrait replonger dans le doux coton du sommeil. mais les vibrations démarrent. les notifications pleuvent. progressivement, sa conscience se réactive. une seconde après l’autre, une nouvelle idée surgit. elle finit par se souvenir. de tout ce qu’elle a laissé derrière elle. en s’endormant hier soir.
ses draps sont froissés. ils ont laissé une empreinte sur sa poitrine. et sur son visage aussi. des plis. dans sa peau. incrustés. elle le remarque quand elle active la caméra avant de son téléphone pour ses premiers snaps. les deux gars qu’elle pressent lui ont chacun envoyé un signe de vie. s’enquièrent d’elle. pour leur répondre, elle y met du sien. ouvre le store. la lumière vive pénètre dans la pièce. elle fait une photo de la moitié de son visage. celle qu’elle préfère. car elle est obsédée par son asymétrie. les rayons du soleil ravivent le bleu de ses iris. c’est la mer Méditerranée un jour de dolce vita. on a envie de s’y baigner.
ce n’est qu’après une trentaine de minutes qu’elle sort de la boucle. son estomac crie famine. son corps la rappelle à l’ordre. elle interrompt brièvement ses discussions virtuelles qui, très vite, s’évaporent dans l’oubli. quand l’écran est noir, là voilà reprojetée dans sa propre solitude. sortie de l’illusion. elle pose un pied au sol. écrase une pile de linge sale qu’elle accumule depuis des semaines. enfile un large t-shirt. défait ses cheveux teints et rêches. passe devant le miroir. prend soin de l’ignorer. son propre spectacle a tendance à l’irriter. sa poitrine est lourde. elle espère que ses règles vont bientôt arriver. ce n’est qu’en pénétrant dans le living qu’elle les entend, au loin, couiner.
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